Le blog d’un chercheur et formateur en histoire de l’art

Le blog d’un chercheur et formateur en histoire de l’art
en Provence… et ailleurs


L’art où, par qui, et comme il s’est fait.
Les articles régulièrement postés ici rendent compte d’une activité de recherche, de publication et de conception d’outils pédagogiques.
Ce blog déroule une vision concrète et sensible de l’histoire de l’art entrevue dans ses relations de proximité avec un territoire, avec des artistes parfois surpris dans leur travail d’atelier.
Une collection de monographies sur des peintres méconnus invite à (re)découvrir un patrimoine parfois insoupçonné en Provence. Des publications et des conférences en communiquent les récentes mises à jour. Des dossiers d’étude à destination des collectivités contribuent à la connaissance, aux décisions de conservation et aux choix de mise en valeur d’œuvres longtemps ignorées voire remisées.
Un ensemble de supports et matériels pédagogiques s’adresse à des publics divers, allant de l’outil de médiation à l’objet de formation.

Patrick Varrot
Formation, recherches et publications en histoire de l'art
Marseille
Pour tout contact: patrick.varrot@wanadoo.fr

mardi 6 juillet 2021

Matériels pédagogiques : métiers, savoir-faire et techniques artistiques

 « Le peintre au travail »
Une salle dédiée aux techniques, matériaux et pratiques des ateliers de peinture en Italie au Moyen-âge
 

L’exposition « L’atelier du peintre en Italie. XIIIe – XVIe siècle » présentée au Musée du Petit Palais d’Avignon a rouvert ses portes le 19 mai 2021, Dans le cadre du Grand Angle Dans l’atelier proposé par Avignon Musées. Conçu au printemps 2020, le matériel didactique (voir l’article du 2 août 2020) est désormais visible jusqu’au 8 novembre 2021, en introduction du parcours consacré aux ateliers ponctuant 11 salles du musée. Les échantillons, outils et artefacts ont pu être complétés par des prêts extraits des collections de minéralogie et de taxidermie du musée d'histoire naturelle Esprit Requien d'Avignon.

« L'objectif de cette exposition est de changer le point de vue sur les œuvres proposé aux visiteurs. Ces dernières ne seront donc plus exclusivement présentées comme des pièces de musée - sous l'angle de la chronologie, de l'attribution à un auteur et à des écoles régionales - mais comme des objets liturgiques et domestiques, ayant des usages déterminés, témoins de la société de leur temps, des mentalités religieuses. La question de la matérialité de ces peintures et du lieu même de leur production, l'atelier, sera centrale dans cette exposition. Les visiteurs sont ainsi invités à découvrir comment ces peintures ont été conçues et réalisées, par qui, pour qui, avec quels moyens et outils. Une invitation pour découvrir les œuvres du musée qui permettent d'évoquer la figure du peintre ou celle du commanditaire, de présenter l'organisation de l'atelier, la formation et la culture du peintre, sa famille, sa cité, etc.  

L'exposition se présente comme une promenade dans les collections permanentes réorganisées autour de grands thèmes :

- Le Peintre au travail

- Des peintures pour quoi faire ?

- La place des peintres dans la cité

- Peintres de pères en fils

- Commander des tableaux et se faire représenter

- Un atelier familial raconté par un peintre florentin

- Succès, renommée et influences

- La culture des peintres : de la piété populaire à la culture humaniste et à la culture savante

- Peindre des sujets profanes pour les demeures

- Peindre pour émouvoir.


Cette exposition ambitionne aussi de proposer deux surprises aux visiteurs, l'une en introduction et l'autre en conclusion du parcours.
La première salle est consacrée au Peintre au travail et présente un ensemble inédit de matériaux et outils utilisés entre le XIIIe et le XVIe siècle, fabriqués spécialement pour l'exposition d'après des traités anciens par un spécialiste, Patrick Varrot. Différents modules permettent de découvrir très concrètement les étapes de réalisation des peintures, la formation des peintres, leurs connaissances techniques et artistiques.

L'exposition se termine avec un événement exceptionnel : la reconstitution en volume et à taille humaine d'un tableau du XVe siècle dans lequel le visiteur peut « entrer » et se glisser parmi les fidèles qui assistent à la scène représentée. Un point d'orgue de cette exposition en forme de métaphore qui invite à une plongée dans l'atelier du peintre en Italie entre le XIIIe et le XVIe siècle ».






 


Renseignements
Musée du Petit Palais
Palais des Archevêques – Place du Palais des Papes
84000 AVIGNON

jeudi 22 avril 2021

Dossiers d’étude

Cartographie de Marignane et son terroir à la fin du Moyen Âge : Le site du Devens et les origines de la chapelle Notre-Dame.
Dossier d’étude sur le livre des reconnaissances de 1450 à 1465 conservé aux archives départementales des Bouches-du-Rhône.

Janvier 2021


Ebaucher un état de la ville et de son territoire dans la seconde moitié du XVe siècle s’est imposé comme étape supplémentaire dans la mise à jour des connaissances historiques et patrimoniales sur Marignane. Si les archives communales font défaut en la matière, le fonds du parlement de Provence conservé aux archives départementales a récemment révélé la richesse documentaire d’un registre de reconnaissance de cens, ou plus ancien livre terrier connu pour la commune. Malheureusement incomplet, car prenant la suite de documents aujourd’hui perdus, il a été établi à la demande de Césarie d’Arlatan et Gabriel Valori, cohéritiers de Barthélemy et coseigneurs de Marignane, puis de Charles IV d’Anjou duc du Maine, à qui la terre a été cédée. Les reconnaissances de propriétés par leurs emphytéotes couvrent donc une période comprise entre 1450 et 1465.

Une transcription intégrale des actes, tous rédigés en latin par cinq notaires différents, a permis de portraiturer un bourg et son terroir, alors composé de 70 lieux-dits, encore empreints de l’héritage des Baux. En plus de cerner les premiers traits de la cour marignanaise des Valori, puis de celle de Charles d’Anjou (dont Maurelet Guibert, vice viguier des baronnies de Berre et Martigues et véritable cheville ouvrière de la politique foncière du duc), elle témoigne des premiers pas d’une « université » ou communauté des habitants dans ses acquisitions foncières (toujours communales aujourd’hui). Plusieurs corps de métiers y ont donné des artisans particulièrement intéressants pour l’histoire monumentale, comme ceux de la famille des Andrieu, lapicides ou tailleurs de pierres, probables collaborateurs de fustiers et forgerons aussi mieux connus. Autour d’eux s’est dessinée la constitution d’un bourg dans les années 1450, en pleine reconstruction et repopulation après la période noire des années 1390-1400 (peste et ravages des troupes de Raymond de Turenne lisibles dans la configuration des remparts et des portes du bourg d’alors), ainsi qu’un état approximatif du château et de son domaine. Enfin, la manifeste montée en puissance des laboureurs se traduit par le développement de certains quartiers agricoles visiblement prisés, comme la grande plaine du Plan de Martigues (futur aéroport), et le Devens (actuelle colline Notre-Dame), domaine seigneurial véritablement grignoté par ces nouveaux propriétaires.

C’est précisément l’histoire de ce quartier rural que l’étude cherchait à éclairer, à la demande de l’association commanditaire qui ne cesse, depuis les années 1960, de mettre en valeur par la restauration et les connaissances la chapelle qui le domine. La transcription intégrale, la traduction et l’analyse de ce très précieux registre des reconnaissances y a ainsi fait apparaître les premiers fours à chaux, dont l’un est à l’origine de la chapelle, une nouvelle carrière (tous deux encore visibles aujourd’hui), et les noms de 25 propriétaires à titre de bail emphytéotique perpétuel, dont plusieurs se sont révélés aïeuls des premiers légataires ou prieurs de la chapelle jusqu’à présent connue à partir de 1540 seulement. Aussi commencent à s’approcher les origines d’un sanctuaire emblématique pour la commune, désormais datable d’entre 1465 et 1526, et probablement documenté dans les registres des notaires qui ont signé les actes de reconnaissances dépouillés, ou leurs successeurs immédiats identifiés dans l’étude.

Renseignements
Association des Amis de Marignane et de la Provence
4 boulevard Frédéric Mistral
04 42 34 87 32
lesamisduvieuxmarignane@orange.fr

jeudi 29 octobre 2020

Documents pédagogiques

Les carnets du patrimoine : une nouvelle édition
L’église Saint-Nicolas


L’Office de Tourisme de Marignane avait lancé la diffusion d’une première série des Carnets du patrimoine en 2016, en collaboration avec l’association des Amis de Marignane et de la Provence et les archives communales. Ces documents proposent une mise à jour de l’histoire et des possibilités de découverte des principaux monuments de la commune accessibles au public. A la suite des trois premières éditions concernant le château des Covet, actuel Hôtel de ville, la chapelle Notre-Dame de Pitié et la maison commune dite « beffroi », s’ajoute à la collection ce double feuillet de visite et de documentation sur l’église paroissiale, objet d’une récente restauration. Diffusé à partir de la mi-septembre 2020, ce quatrième carnet suppléera aux visites publiques des journées du patrimoine et autres événements culturels annulés en raison de la crise sanitaire.

 

Renseignements
Office de Tourisme de Marignane
Cours Mirabeau
13700 Marignane
04 42 31 12 97
officedetourisme@ville-marignane.fr
http://www.tourisme-marignane.com

mercredi 2 septembre 2020

Dossiers d’étude

Du grand jardin à la table : la cuisine au château de Marignane à la Renaissance.
Un recueil de recettes adaptées à partir de l’inventaire du potager de Claude de Tende en 1540.


juillet 2020


Des travaux engagés en 2017 par l’association des Amis de Marignane et de la Provence avaient révélé la composition du grand jardin du château arrenté le 25 mai 1540 par Claude de Savoie-Tende à un marchand de Marseille. Afin de poursuivre et affiner les expériences de projets culturels issus de recherches historiques et scientifiques proposés en 2019 au cours de l’année de la gastronomie en Provence, l’association a souhaité mettre en œuvre cette étude préalable à l’organisation de futurs événements historico gastronomiques.
Trois ingrédients principaux ont été, à ces fins, mis à contribution :
- la localisation et l’identification des productions potagères et agricoles répertoriées dans l’inventaire des biens de la seigneurie en 1540 (complété par d’autres documents d’archives contemporains sur les ressources viticoles et halieutiques),
- l’exploitation des inventaires et descriptifs des pièces de stockage, des lieux de cuisson et des ustensiles de cuisine dressés en 1526, 1529, 1540 et 1555,
- enfin le dépouillement de douze livres ou registres de cuisine connus dans la première moitié du XVIe siècle pour en extraire 197 recettes classées selon les ingrédients issus du grand potager et autre cru des possessions seigneuriales.
Une sélection de 40 d’entre elles a fait l’objet d’une adaptation contemporaine, proposant divers mets plausiblement élaborés dans la « coquina bassa » ou « cosino » et servis à la table du château vers 1540. Le recueil ainsi conçu permettra de cuisiner, à la manière des maîtres queux et officiers de cuisine, les raisins et leurs dérivés (vins, vinaigres, verjus et moûts), les laitues, les courges, les raiforts, les aulx, les fenouils, les poireaux, les pois, les graines de chanvre, les pigeons, les tripes ou « budes », les anguilles, les muges et mulets, les soles, les saupes et les loups.

Renseignements
Association des Amis de Marignane et de la Provence
4 boulevard Frédéric Mistral
04 42 34 87 32
lesamisduvieuxmarignane@orange.fr

dimanche 2 août 2020

Dossiers d’étude

Marignane et son château du XIVe au XVIe siècle d’après les registres de la chambre royale des comptes

Mai 2020

Comme suite aux travaux engagés en 2019 sur les archives parlementaires documentant le château et la seigneurie de Marignane dans leurs états les plus anciens, la ville et sa direction culturelle ont souhaité s’intéresser au fonds du parlement de Provence. Un dossier d’étude a donc été convenu à partir de la sélection de douze documents essentiels sommairement inventoriés au XIXe siècle par l’archiviste du département Louis Blancard. Tous ont fait l’objet d’une transcription, et, pour les pièces rédigées en latin, d’une traduction. Ils couvrent la période la période de 1309 à 1555 et comprennent les serments de fidélité des frères Bertrand et Gilbert de Baux, ainsi que ceux de leur descendant François de Baux enregistrés en 1385 et 1399. Mais les actes les plus scrutés ont été extraits des registres de reconnaissances, précurseurs des cadastres, établis pour Césarie d’Arlatan et Gabriel Valori entre 1440 et 1444, puis Charles du Maine entre 1458 et 1465, enfin pour le président de la cour des comptes en 1526, alors en charge de la gestion d’une seigneurie passée sous mainmise royale. C’est à vrai dire cet ensemble de pièces qui avait attiré l’attention, incluant un inventaire exhaustif des biens féodaux, dont le château encore médiéval, objet d’une inédite description. Il vient compléter une série de baux emphytéotiques accordés en 1519 au nom du roi par une chambre des comptes qui, générait et témoignait ainsi précisément des plus anciennes campagnes d’aménagement des abords du château médiéval à l’aube de la Renaissance. S’ensuivent des contrats d’arrentement des plus précieux pour la connaissance des occupants et acteurs locaux de la vie de la bâtisse et de son domaine, jusqu’au pléthorique rapport d’expertise de 1555.  Dressé dans le cadre du procès introduit au parlement par Françoise de Foix pour demander le remboursement par les caisses royales de tous les travaux de réparation et de transformation,  il propose une visite par le menu et les dimensions de ce qui apparaît, à travers les lignes des maîtres artisans sollicités, comme une véritable résidence aristocratique du XVIe siècle. La documentation semble désormais assez complète pour proposer un premier plan du château médiéval, ainsi qu’une configuration de la nouvelle bâtisse renaissante. Et au-delà, un portrait de plus en plus net du domaine et du terroir, en commençant par la découverte d’une « antique muscatelle » à l’origine du grand jardin ou « viridarium » seigneurial, déjà pourvu d’un colombier. Au registre des aménagements urbains, plusieurs données sont venues éclairer les rapports des interventions d’archéologie préventive de 2010, comme la localisation et la description assez précise des fosses de la ville, peu à peu couvertes d’une ceinture de jardins, ainsi que l’existence d’une « porte fausse » ouvrant le rempart à la vue du château, jusqu’à présent totalement ignorée. Enfin sont apparues les origines des « appartements neufs » du château aménagés sous Jean-Baptiste II de Covet au Grand Siècle, sur une ancienne « antiplace » prolongée par un « plan del foris » occupé par le palais moderne orienté vers le parc en lequel a été converti l’ancien « viridarium ». Au travers de toutes ces étapes suivies par la plume de notaires, conseillers ou maîtres rationaux, s’est révélée l’ossature du château des Covet, déjà orienté vers le sud-est et sa basse-cour devenue cour d’honneur dès le XVIe siècle (on y découvre une nouvelle entrée traitée en arc de triomphe). Le monument marquera celui de cette famille de marchands dès les premières années du XVIIe siècle. Mais les documents antérieurs ici convoqués font déjà état de l’arrivée massive de cette classe de rentiers, ainsi que la montée en puissance de nouveaux notables acquéreurs et bâtisseurs au siècle précédent.

Soucieuse de rendre accessible le dossier aux publics et aux chercheurs, la direction des affaires culturelles en a fait déposer un exemplaire aux archives communales, consultable sur demande.

 
Renseignements :
Direction des affaires culturelles de la ville de Marignane
53 avenue Jean Mermoz – 13700 Marignane
04 42 31 12 42

Archives municipales de Marignane
Bibliothèque Jean d’Ormesson
Avenue de Figueras - 13700 Marignane
04 42 31 12 40

Matériels pédagogiques : métiers, savoir-faire et techniques artistiques

L’atelier du peintre

Un ensemble d’artefacts pour le musée du Petit Palais d’Avignon


Dans le cadre de la préparation de l’exposition parcours « L’atelier du peintre », la conservation du musée du Petit Palais a souhaité concevoir une salle introductive aux œuvres, dédiée au « Peintre au travail ». Six modules garniront ainsi les vitrines de cette première étape d’un parcours consacré à la vie et aux pratiques des ateliers de peintres en Italie du XIVe au XVIe siècle.

Un ensemble d’artefacts permettra donc d’appréhender de manière concrète les techniques, procédés, matières et produits mis en œuvre sur les chantiers de décors muraux et sur les panneaux de bois comme principaux supports de la peinture de chevalet. Quand elles sont nécessaires à la compréhension, les phases de travail imperceptibles sur les œuvres finies ont été rendues visibles par des séquences volontairement inachevées ou des juxtapositions de matières premières et de produits transformés.

Le base de ce travail reste les témoignage des artistes eux-mêmes, collectés à travers leurs traités et manuels, ainsi que les résultats des examens et analyses préalables à la restauration de certaines de leurs œuvres.

S’enchaînera ainsi la découverte du support de peinture murale, du support de peinture sur panneau, des procédés de report du dessin, des outils du dessin et de la peinture, des techniques d’ornement et de dorure, la composition d’une couche picturale.

Parmi les réalisations à voir, cohabiteront un panneau enduit et peint à fresque sur plaque de brique, un échantillonnage chaux aérienne en roches, de calcaire en roches avant cuisson, de marbre et travertin, de sables des trois couleurs catégorisées depuis l’antiquité pour les enduits.

Aux côtés d’un panneau de bois de peuplier encollé, entoilé et enduit, se déploieront une pièce de toile de lin, un échantillonnage de gypse de Bologne, de gypse en roches avant cuisson, de Colle de peau et colle de parchemin en blocs, de rognures de peaux et parchemins crues, puis cuites, une pierre ponce volcanique, un demi os de seiche, un bouchon confectionné en tiges de prêle, le tout employé au ponçage des panneaux.

Au registre de la préparation graphique de l’œuvre peinte dialogueront un poncif de papier chiffon tracé à la pierre noire, une aiguille de fer montée sur fuseau de bois, un spolvero de toile de lin rempli de poudre de charbon, un patron de papier chiffon tracé à la pierre noire passé au charbon au revers, un stylet de bois de buis, un patron de papier chiffon ciré, un pochoir de parchemin huilé, et un panneau de bois de peuplier mis en œuvre selon les techniques de report ainsi évoquées.

Tout l’attirail, fabriqué, monté par éléments ou simplement utilisé par l’atelier mettra en évidence une véritable économie de l’outillage au travers un stylet d’os, des bâtonnets de saule coupés, écorcés et liés au fil de laiton, les charbons obtenus après carbonisation, la pierre noire brute et façonné en crayon, une brosse de soies de porc montée comme au moyen âge, un pinceau moyen de soies de porc, un pinceau fin de petit gris, le tout procédant d’un assemblage de hampes de bois, tuyaux de plumes d’aigle, d’oie, de poule ou de pigeon, soies de porc blanc, poils de queue de petit gris, fils de lin ou de soie cirés.

Mis en œuvre pour les ornements, se rapprocheront bol d’Arménie, feuilles d’or et d’argent, motif ornemental découpé dans une feuille d’étain dorée à la feuille, motif ornemental découpé dans une feuille d’étain dorée à l’aloès et au safran, d’après une recette de « liqueur à dorer » reconstituée aux côtés de ses ingrédients, huile de lin, sandaraque, aloès et safran. Un coussinet de doreur voisinera avec une palette à dorer de petit gris, une patte de lièvre, un brunissoir d’agate, une dent de sanglier et un poinçon ornemental à motif floral.

Les méthodes d’obtention des liants protéiniques composant la couche picturale se comprendront à travers une éponge de mer, un fouet de bruyère, un filtre conique de toile de lin, des taillures de figuier. Huile de lin crue, clarifiée, cuite, huile de noix, gomme arabique, gomme adragante et véritable colle d’esturgeon complèteront la gamme. Une collection de 33 pigments historiques sera volontairement parasitée par certaines matières premières ou petits dispositifs détaillant les procédés d’obtention les plus courants (lames de métaux oxydées, os blanchis et calcinés, comme les sarments, teintures travaillées en laques, comme celles du safran, de la gaude, de l’indigo, de la guède ou du folium). Quelques incursions minéralogiques ponctueront le module, à travers des blocs d’azurite, de céladonite, chrysocolle, cinabre, hématite, lapis-lazuli, malachite, ocre brun, ocre jaune, orpiment, pierre noire et de réalgar.

Enfin, un choix de composants de vernis (huiles de lin et de noix, sandaraque, mastic, colophane, térébenthine de Venise, térébenthine de Strasbourg) évoquera les effluves saturant l’atelier à l’achèvement des peintures, expérience qui sera d’ailleurs discrètement proposée à travers un boîtier olfactif posé en « hors d’œuvre », invitant à ensuite à en découvrir celles de la collection, avec un autre regard.

 

L’ensemble sera scénographié par l’agence Saluces habituellement sollicitée pour les expositions du musée, et devrait accompagner la présentation des collections permanentes à l’issue de l’exposition.

Renseignements
Musée du Petit Palais
Palais des Archevêques – Place du Palais des Papes
84000 AVIGNON
04 90 86 44 58

jeudi 9 juillet 2020

Monographies : peintres méconnus en Provence

Joseph Rougier (1712-1787) et Joseph Amalbert (1749-1796).

Entre Sainte-Victoire et Sainte-Baume, deux hauts lieux d’inspiration artistique et de dévotion spirituelle, s’articule un territoire a priori propice à l’exercice pictural. Trets et ses environs ont ainsi vu naître et travailler Joseph Rougier. Né en 1712 d’une mère originaire d’Apt et d’un père consul et bourgeois, il a été porté sur les fonts baptismaux par Pierre-Joseph de Haitze, célèbre historien d’Aix et de la Provence, et surtout connaisseur et admirateur de la peinture de Jean Daret. Aussi allait-il embrasser une carrière à la fois administrative et artistique, comme contrôleur des actes et peintre. Ce « sieur Rougier », ponctuant les notes éparses, les relevés et quelques publications d’érudits et archivistes du XIXe siècle, vient donc nous interroger sur le métier et le statut de peintre entre la grande peste de 1720 et la Révolution, bref dans la seconde moitié du XVIIIe siècle à l’écart des grands centres et foyers urbains. A la croisée d’une délectation et d’une excellence imposées par le Grand siècle, d’une esthétique et d’un académisme mûris au siècle des Lumières, il nous laisse des œuvres empreintes de l’héritage de Michel Serre, probablement de Pierre Veyrier, indirectement du Romain Carlo Maratta, et tournées vers les propositions nouvelles des Van Loo. Sous son pinceau la grandiloquence du baroque se dissout donc dans les raffinements d’un rococo qui va rapidement s’imposer. Aux côtés de son beau-fils Joseph Amalbert, encore mal connu, et d’un hypothétique collaborateur encore non identifié, il prend la tête d’un atelier livrant grands tableaux de retables, parfois surpeuplés devant d’emphatiques decora, portraits officiels et ex-voto visiblement confiés aux apprentis et successeurs : une multiplicité et une organisation déjà à l’œuvre sur les chevalets d'autres dynasties provençales récemment mises en lumière. Un catalogue de trente numéros se clôt ainsi par une toile que tout semble dater des années 1792-1793, et donc confronter à la très controversée question de la peinture d’histoire religieuse à l’orée, voire à l’époque même de la Terreur. Un cheminement historique que vient alimenter une collecte de documents, intégralement transcrits pour certains, et un état des lieux de la vie artistique entre Aix, Marseille et Toulon, à la rencontre d’acteurs assez peu connus comme Louis Griosel, André Chaix, Etienne Velin, Georges-Agricol Marron, et le Marseillais Honoré Mercurin à qui sont ici rendues les spectaculaires tapisseries peintes de la prud’homie de pêche de La Ciotat. C’est aussi une promenade en Basse-Provence que vient proposer cette redécouverte, reliant Trets à Lançon, Puyloubier, Auriol, Roquevaire, Gémenos, La Ciotat, Hyères, Saint-Zacharie, Rians, La Roquebrussanne, Cotignac, et peut-être à l’arsenal de Marseille dans les premières années de l’école académique de dessin.
 
Joseph Rougier et Joseph Amalbert : Peintres bourgeois de Trets au XVIIIe siècle. Vie et œuvres d’un atelier familial entre pays d’Aix et Basse-Provence
Juin 2020
109 pages, 20 x 28,7 cm, reliure spirale
136 illustrations couleurs et noir et blanc.