Un atelier de peintres actif à Martigues (1704-1870) : Guillaume et Joseph Blaÿ, Joseph-Bernard Flaugier, Jean-André
et Joseph-Antoine Bernard, Joseph Hilaire.
Dossier d’étude autour des peintures murales de la chapelle des Pénitents Blancs de l’Annonciade.
Novembre 2016
Cette étude initiée à la demande du Service ville d’art et
d’histoire de Martigues, en collaboration avec le musée Ziem, a occasionné la
reprise, l’augmentation, et surtout la mise à jour de monographies sur la
dynastie des peintres martégaux Blaÿ et Bernard. Après l’obtention du label
« ville d’art et d’histoire », un des fleurons du patrimoine
artistique et historique de Martigues a rouvert ses portes au public après des
années de restauration. Monument majeur de l’époque moderne, la chapelle des
Pénitents Blancs de Jonquières, placée sous le titre de l’Annonciade, offre
donc à nouveau aux visiteurs l’expérience enveloppante d’un décor polychrome du
sol au plafond. Elément manquant jusqu’en 1754 (et non 1734 comme il est
développé dans le document), les peintures murales constituent la part
essentielle de ce déploiement baroque, qui plus est signée donc historiquement
documentée. « Blaÿ père et fils », réalisateurs de ces
« mystères » figurés, demeurent pourtant des noms sans grande
résonance à Martigues. Ils ont pourtant fondé un atelier, voire une dynastie de
peintres ayant marqué de son empreinte le paysage imaginaire d’un territoire
pendant près de deux siècles sans discontinuer. Et ce précisément à partir de
leur intervention sur les parois de l’Annonciade, première œuvre initiant un
catalogue et une succession biographique traversant XVIIIe et XIXe siècles. La
vie artistique autour de l'Etang de Berre n'est, il est vrai, souvent évoquée
qu'à partir de ce dernier et des paysagistes itinérants qu’il a produit. Les
travaux d’historiens de l’art sur la peinture en Provence à l’époque moderne
ont cependant déjà rempli des pages souvent ignorées, pour la fin du XVIe et le
XVIIe siècle, sans qu’un véritable « foyer » artistique ne s’en
dégage. Le nom et l’œuvre des Blaÿ viennent donc combler une lacune. Une série
de travaux engagés entre 2010 et 2015 pour diverses collectivités et
associations situées sur le pourtour de l’Etang de Berre avait permis de faire
émerger, grâce à une prospection in situ et à un dépouillement systématique des
archives d’abord notariales puis paroissiales et épiscopales, l’ampleur de
l’activité et du nombre d’œuvres conservées.
Au titre des dernières découvertes générées par la mise en
œuvre de ce dossier figurent l’acte de baptême de Joseph Blaÿ (1740-1795) à la
paroisse Saint-Laurent de Marseille, l’intégration à son catalogue d’œuvres
documentées comme un recueil de botanique à Avignon, une série de portraits des
bienfaiteurs des hospices d’Arles, deux ex-voto attribués au musée Ziem et deux
toiles anonymes déposées dans les réserves municipales, la présence de son père
Guillaume Blaÿ (1704-1765) à Marseille pendant plus de dix ans, et surtout de
son activité de « peintre en tapisserie », l’inventaire du mobilier
garnissant en partie la maison-atelier de Joseph dans la rue Capoulière à
Martigues, noyau d’une collection transmise sur quatre générations. De même
vient parachever les notices biographiques des frères Bernard la transcription
de leurs actes de naissance récemment trouvés, et pour Jean-André (1761-1810),
celui de son décès à Marseille. La personnalité de ce peintre tend par ailleurs
à se préciser grâce au rapprochement de nouvelles œuvres repérées au musée
Ziem. Les traces documentaires se sont donc accumulées. Jean-André et
Joseph-Antoine Bernard (1764-1835) peuvent désormais, grâce à leur identité
recomposée, alimenter le plus riche chapitre de cette étude comme chaînons
manquants entre grande peinture d’histoire religieuse et petit ex-voto
populaire, entre siècle des Lumières et triomphe de l’industrie qui relégua
leur dernier successeur au rang d’artisan vitrier et peintre en bâtiment. C’est
en effet sur la biographie et le catalogue inédit de cet obscur Joseph Hilaire
(1803-1870), venu de Marseille poursuivre, et certainement restaurer, l’œuvre
de la dynastie martégale éteinte que se clôt l'étude. Ironie de l’histoire, ses interventions
maladroites et dégradantes sont peut-être à l’origine de la conservation des
peintures de la chapelle des Pénitents de Jonquières, où aux strates
archéologiques dernièrement explorées peuvent désormais succéder un effeuillage
artistique.
Renseignements
Service Ville d’Art et d’Histoire
Direction culturelle de la ville de Martigues
Quai Lucien Toulmond
13500 MARTIGUES
04.42.10.82.71




















































